Remontée des taux d’intérêt : Un scénario test pour la finance alternative française

Par Arthur de Catheu et Cédric Teissier, dirigeants fondateurs de Finexkap

En baisse depuis 2011, les taux longs ont récemment amorcé un léger mouvement de hausse aux États-Unis mais aussi en Europe. Alors, même si tout le monde s’accorde à dire que cette remontée restera modérée en 2017, elle amène à s’interroger sur l’impact, même léger, d’un tel mouvement sur le marché français du financement désintermédié.

Finie l’insouciance ! Alors que le financement alternatif français poursuit sa folle croissance, une épreuve de robustesse semble se profiler à l’horizon. Contrairement à leurs grandes sœurs outre-Atlantique, les startups françaises du secteur, arrivées bien plus tard dans l’univers du financement alternatif, se sont développées dans un contexte favorable de taux bas et de liquidité abondante. Créées en 2005 pour l’une et 2006 pour l’autre, les américaines Prosper et Lending Club n’ont pas eu, elles, ce confort, et ont dû construire des modèles dans l’adversité pour composer avec un taux directeur de la FED culminant à 5%. Le scénario actuel d’une remontée des taux va donc constituer un vrai défi pour les plateformes hexagonales et cela par bien des aspects. En premier lieu, il va s’agir pour elles de prouver la solidité de leurs modèles d’analyse de risque et leur capacité à adapter leur prisme au gré des évolutions du marché. Et, dans un environnement avec des taux d’intérêt à la hausse, la grille d’analyse doit évoluer car la charge de la dette pour les entreprises emprunteuses aura vocation à s’accroître, pouvant affecter avec plus ou moins d’ampleur leur pérennité financière. De fait, les acteurs faisant preuve des évaluations les plus fiables auront un avantage certain sur les autres, d’autant que le corolaire probable d’une augmentation des taux sera de priver de liquidité les plateformes n’ayant pas su démontrer une qualité suffisante alors même que le refinancement était à bas prix.

Un accès à la liquidité remis en question

Ensuite, dans un contexte d’évolution des taux à la hausse, et pour des raisons de visibilité, il faudra composer avec un investisseur désireux avant tout de stabiliser son horizon d’exposition et dont la préférence ira vers des durations plus courtes afin de s’ajuster progressivement aux variations du marché. Clairement, alors qu’un environnement de taux bas a tendance à favoriser le financement alternatif en raison de l’attractivité des rendements offerts, l’inverse peut se révéler rapidement le cas lorsque l’écart entre les rendements disponibles sur des produits traditionnels et alternatifs se réduit. Notamment, d’autres investissements, comme les placements en OPCVM monétaires, peuvent être préférés de par leur meilleur couple risque/rendement. Cet arbitrage, qui joue aujourd’hui en la faveur des Fintech, n’est donc pas forcément pérenne.

Certaines plateformes, qui aujourd’hui profitent de l’engouement des investisseurs à la recherche de supports juteux, ne seront alors peut-être pas assez convaincantes pour garder la confiance des investisseurs quand ce spread va se réduire. On peut tout naturellement présupposer une diminution de l’investissement auprès des acteurs les moins performants et assister à une ruée sur les investissements court-terme (« flight to short term ») mais aussi plus qualitatifs (« flight to quality »). Voyant leur accès à la liquidité menacé, les plateformes de financement ont tout intérêt à non seulement anticiper les variations de taux dans leurs modèles de risque, mais surtout à redoubler de rigueur afin d’optimiser leur attractivité dans un contexte plus tendu. Pour les plus jeunes des plateformes Fintech, l’épreuve risque d’être particulièrement difficile.

Sans aucun doute, les Fintech du secteur qui ne se seront pas diversifiées se feront absorbées ou disparaîtront. Les autres, elles, se regrouperont. Nous pouvons donc nous attendre, dans un futur proche, à voir se profiler d’abord un phénomène de consolidation naturelle (et inévitable) pour, ensuite, parvenir à s’imposer à l’international sur un marché de plusieurs milliards largement dominé par les Etats-Unis et l’Asie.